Mass Media

Bruno Pelletier et la fenêtre sur son intimité

30 Mars 2013, "L'action"


Avec «Rendu là», son 11e album, Bruno Pelletier ouvre une légère fenêtre sur son intimité, fenêtre qu'il avait toujours pris le soin de garder hermétique du monde médiatique et de la population jusqu'à la composition de ces 12 chansons, chacune écrites sous forme de lettre.

Sur scène, il prend soin d'expliquer la genèse de chacune d'elle, que ce soit J'ai posé des pierres, coécrite avec Alain Labonté, destinée à son fils de 22 ans et portant sur la transmission des valeurs humaines, ou Blues blanc, qui raconte le parcours d'une fin de vie, celle de son père, l'élément déclencheur de ce projet artistique. Il y mélange sa vie personnelle et des thèmes universels en discutant de la vie à deux, de l'amour et de son aspect douloureux, de la face cachée de l'humain ou de l'aveuglement d'une génération, parfois avec ses mots, parfois avec ceux des autres, dont ceux de Roger Tabra, parfois les deux.

«C'est le premier album où je me livre autant depuis D'autres rives, en 1999, moment où je venais de divorcer. Sur ce disque, j'avais coécrit Le bon gars et le salaud avec Daniel Lavoie, la seule où je me suis livrée dans une chanson.»

Pendant toute sa carrière, Bruno Pelletier a préféré écrire ou chanter sur des thèmes universels. Il n'a jamais aimé non plus discuter de sa vie privée qu'il a toujours préservée tel un jardin secret. Lorsqu'on lui demande, il concède qu'il est pudique en quelque sorte sur tout ce qui concerne sa vie en dehors de sa carrière. En posant cette ligne imperméable, il tenait, entre autres, à préserver son entourage des dommages collatéraux que le vedettariat peut parfois imposer. «Une rupture qui fait la une des magazines, ça blesse tout le monde autour de soi. Dans ce métier-là, il y a des choses qui veulent être sues et il y a des choses que l'on peut filtrer. Il y a des personnes qui chercheront le spotlight et je ne les juge pas, mais j'estime qu'il est aussi possible de parler de notre métier sans parler de ce qui est autour.»

Et pour faire la promotion de cet album très personnel, Bruno Pelletier concède qu'il aurait pu faite du millage sur ce qu'il y avait autour dans sa vie pour mousser l'intérêt autour de sa nouvelle création : il ne l'a pas fait. En fait, après s'être livré sur disque, ce dernier dit trouver difficile de continuer à respecter les limites de son intimité et celles de son entourage. « C'est une chose que de le faire en chanson, mais, ce n'est pas simple d'en parler en entrevue. » Bruno Pelletier doit donc user de doigté pour respecter la vie privée de son entourage tout en assumant ce qu'il a voulu faire avec Rendu là. Pour ce virage quelque peu contradictoire avec ses principes de base? L'expérience, répond-il simplement. Il ajoute aussi que, malgré cette petite entorse, le public peut se reconnaître dans ses chansons et c'est un des aspects qu'il apprécie de ce 11e album.

Rendu là?

Avec un titre comme « Rendu là », on pourrait penser que Bruno Pelletier a voulu dire qu'il était, comme le veut l'expression, rendu là dans sa vie, dans sa carrière, mais ce n'est pas tout à fait le cas. Une expression tellement québécoise qu'il a été difficile pour lui et son équipe de la traduire dans les autres langues pour son public d'ailleurs (rappelons que Bruno Pelletier a un grand bassin de fans en Russie notamment).

« Ce n'est pas nécessairement un constat et ce n'est pas du tout un bilan (le bilan, il l'a fait avec son album précédent qui célébrait ses 25 ans de carrière). J'étais rendu à parler à des gens importants dans ma vie et de leur dire " voici où j'en suis, voici ce que j'ai envie de te dire". C'est aussi mon côté musicien que je mets à l'avant-scène dans la tournée : je le sors de mon sous-sol pour que le public le découvre. » Le chanteur, et musicien, ne nie pas, par contre, « qu'il y a une petite notion de temps qui est collé à tout cela ».

Geneviève Geoffroy